LÉO DORFNER

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L’esthétique du fragment dans l’œuvre de Léo DORFNER

Ce qui frappe dans le travail de Léo Dorfner, ce sont les références à la culture rock et mainstream. Mais l’œuvre protéiforme de Léo Dorfner est bien plus que cela. Elle révèle un véritable goût de l’artiste pour la sémiotique et la symbolique.
Les signes, pictogrammes et symboles sont autant d’éléments qui jalonnent la démarche de l’artiste. Ce jeu de citations et de références à la culture populaire est un véritable fil rouge. Il favorise une lecture diachronique de l’œuvre et met en place une certaine violence.
Cette esthétique du fragment, basée sur le principe de citation, induit inévitablement une temporalité du « morcellement » qui se trouve à l’interstice entre une certaine continuité et une dispersion. Les romantiques allemands seront les premiers à envisager cette question du fragment comme enjeu esthétique déterminant pour penser les bouleversements et explorer les changements du monde. Léo Dorfner, lui, donne à voir un « temps du morcellement » renforcé par l’omniprésence et l’accumulation de signes que l’on retrouve aussi bien sur les tatouages des figures humaines que gravés sur des haches et autres objets fétiches de l’artiste.

Le motif du fragment induit nécessairement une réflexion sur la composition. Quelle soit hétérogène et revendiquée comme dans les photomontages dadaïstes ou homogène chez les surréalistes, dans les romans collages de Ernst par exemple, le fragment induit une composition. Chez Léo Dorfner, le fragment est déposé à même le corps humain ou le matériel (casques militaires, affiches, haches etc.), comme pour mieux les animer. On décèle trois types de compositions dans son travail. L’esthétique fragmentaire apparait en 2011 avec le principe du photomontage qui rappelle les démarches dadaïstes. Dans Your Favorite Weapon, ou encore Transubstantiation express, l’artiste récupère des reproductions photographiques d’œuvres classiques dans lesquelles il y appose des mots et des signes. Il se dégage ainsi des œuvres de cette période une forme de vocifération.
Il s’opère ensuite un glissement progressif vers le procédé de création « d’image simulacre ». Cette évolution s’observe notamment dans l’appropriation progressive des œuvres classiques dans lesquelles l’artiste va jusqu’à modifier ou faire disparaitre les éléments des légendes. Parallèlement, la composition des fragments va venir tapisser seulement les corps et évoquer la pratique du tatouage comme dans Le coeur sacré de bloody jack par exemple. Dans le travail de composition d’une « image simulacre », l’esthétique du fragment fait disparaître la distinction entre le modèle et la copie. Les objets et images prennent vie et s’inscrivent dans une contemporanéité qui laisse entrevoir une réflexion de l’artiste sur le principe du processus créatif.
Depuis 2013, on observe un troisième type de composition que l’on retrouve dans les aquarelles. Par l’intermédiaire d’un jeu de narration plus direct qui fait échos au format polaroïd, il accole des fragments de citations en français et en anglais à des images généralement issues de séances photos de l’artiste ou d’internet. Ce choix de la composition « image polaroïd » est une évolution importante. Elle est le résultat d’un processus de synthèse similaire au processus créatif : Appropriation - Recomposition - Création.

Léo Dorfner joue avec ces différents types de compositions qui viennent s’ajouter au réseau complexe de fragments et place ainsi le spectateur dans une forme de logodédalisme. Au sens étymologique, « un labyrinthe de pensées » – ici plus un labyrinthe de références – permet une décontextualisation de l’œuvre par l’intermédiaire d’un parasitage des sources auquel l'individu subjectif est suspendu. Face à cet apparent chaos, il ne reste que le rapport structural entre les signes considéré comme la seule convention légitime. Le signe semble être réduit au statut d’ornement. Or, c’est justement à ce moment là que l’esthétique du fragment dans l’œuvre de Léo Dorfner devient un outil de médiation et s’inscrit ainsi dans une vision hégélienne de l’art. Le corps et l’objet se transforment en champ de bataille d’une dialectique où les opposés et le chaos, qui nous sont donnés à voir, deviennent source d’échanges et de mise en spectacle pour mieux servir une réflexion sur l’Esthétique et le langage.

Madeleine Filippi

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